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Le scandale étouffé du fils de Leïla Aslaoui (Révélations)

MAFIA DES CIGARETTES EN ALGÉRIE : LE SCANDALE QUI FAIT TREMBLER LE SOMMET DE L’ÉTAT

 

C’est un pavé dans la mare de la République. Derrière les murs fortifiés du palais présidentiel d’El Mouradia et les couloirs feutrés des plus hautes institutions judiciaires d’Alger, un séisme politique d’une magnitude sans précédent est en train de se produire. Ce qui devait rester le secret le mieux gardé du régime vient d’éclater au grand jour : l’affaire dite de la « mafia des cigarettes ». Un dossier tentaculaire où s’entremêlent enrichissement illicite, trafic d’influence planifié, cupidité dévastatrice et collusion criminelle entre des cercles affairistes mafieux et l’entourage le plus intime du chef de l’État.

Au cœur de cette machination financière estimée à plusieurs dizaines de millions de dollars, trois figures de l’ombre apparaissent désormais en pleine lumière : le beau-frère du propre frère de la première dame, un conseiller stratégique du palais présidentiel, et le fils intouchable de la présidente de la Cour constitutionnelle. Plongée exclusive au cœur d’un capitalisme de connivence qui ébranle les fondations mêmes de l’État algérien.

L’Empire du tabac : une machine à cash à 3 milliards de dollars

Türkiye, Algeria pledge to strengthen economic ties-Xinhua

Pour comprendre l’ampleur du scandale, il faut d’abord mesurer la puissance de la proie. En Algérie, le marché du tabac est un eldorado financier quasi-clandestin mais d’une rentabilité vertigineuse. Au centre de toutes les convoitises se trouve la STAEM (Société Algéro-Émiratie de Fabrication des Tabacs), une entreprise prospère détenant le monopole absolu de la fabrication et de la distribution de marques mondiales emblématiques telles que Marlboro, L&M et plus d’une vingtaine d’autres produits issus des géants internationaux Philip Morris, Japan Tobacco et Imperial Brands.

La STAEM n’est pas une simple usine ; c’est la deuxième puissance économique du pays juste derrière le géant pétrolier national Sonatrach. Avec un chiffre d’affaires annuel oscillant autour de 3,2 milliards de dollars et plus de 1,7 milliard de dollars reversés chaque année au trésor public sous forme de taxes, cette entreprise est la véritable « poule aux œufs d’or » de l’économie nationale. Pour le seul actionnaire représentant l’État algérien – le groupe public Madar –, les dividendes annuels nets dépassent les 110 millions de dollars. Dans un pays qui compte près de 14 millions de consommateurs, la cigarette est un produit d’une nécessité telle qu’aucun effort marketing n’est requis pour écouler les stocks. Une source de cash immédiate, liquide et massive, devenue le terrain de jeu privilégié d’une oligarchie insatiable.

L’homme par qui le scandale est arrivé : les aveux explosifs de la garde à vue

 

Toute cette architecture opaque a commencé à s’effondrer par le maillon le plus inattendu : un homme d’affaires nommé Yaakoub Mohammed. Originaire de Jijel, ce dernier était l’ami intime, le partenaire de l’ombre et le collaborateur de confiance de Zahir Khalef, l’ancien directeur général tout-puissant de la STAEM.

Pendant des années, Zahir Khalef a fait bénéficier son ami d’un contrat de sous-traitance extraordinairement lucratif via la société TPM Yaakoub : la gestion exclusive, la récupération et le transport des déchets tabagiques de la STAEM. Sur le papier, une simple activité de nettoyage industriel ; dans la réalité, un marché de plusieurs milliards de centimes grâce auquel Yaakoub Mohammed a bâti une fortune colossale en un temps record. Les enquêteurs ont ainsi mis au jour un patrimoine immobilier phénoménal comprenant des appartements de luxe à Blida, Boufarik et Chéraga, un hôtel haut de gamme à Jijel, trois immenses dépôts logistiques à Blida, une villa somptueuse sur les hauteurs de Bouzaréah et un bungalow sur la côte exclusive de la Madrague. Plus impressionnant encore, Yaakoub Mohammed opérait en parallèle comme un super-grossiste occulte, brassant des transactions quotidiennes portant sur des volumes gigantesques de 2 000 caisses de cigarettes par jour, pour une valeur estimée à plus de 18 milliards de centimes par transaction.

Arrêté dans le plus grand secret par l’Organe central de lutte contre le crime organisé de la DGSN, basé à Châteauneuf, l’homme d’affaires a cédé à la panique. Face aux preuves accumulées, craignant une incarcération à perpétuité, il a choisi de « passer à table ». Ses confessions détaillées ont agi comme un véritable missile à tête chercheuse contre le régime. Il a minutieusement décrit le système des pots-de-vin, les circuits d’attribution frauduleuse des agréments de grossistes et surtout, les complicités politiques de haut rang qui protégeaient le réseau. En échange de ses révélations dévastatrices, Yaakoub Mohammed a bénéficié d’un traitement de faveur inouï : contrairement à tous les autres protagonistes du dossier, il a été remis en liberté sans être incarcéré à la prison de Coléa, conservant même, selon plusieurs sources, des liens très étroits avec certains enquêteurs qu’il continuerait de gratifier de généreuses enveloppes.

La connexion El Mouradia : quand le nom de la Première dame est instrumentalisé

 

Le témoignage de Yaakoub Mohammed a mis en lumière l’implication directe d’un personnage dont le nom aurait dû, en temps normal, paralyser l’action de la justice : Ali Bakari. Cet ancien concessionnaire automobile originaire d’Adrar, une wilaya du grand Sud algérien, a vu son destin basculer après l’accession au pouvoir de l’actuel clan présidentiel.

Ali Bakari n’est pas un inconnu pour la famille régnante : il est le beau-frère du propre frère de l’épouse du chef de l’État. En Algérie, la proximité avec le premier cercle du pouvoir est une ressource commerciale plus précieuse que le pétrole. Conscient de l’or qu’il détient entre les mains, Ali Bakari s’installe à Alger et entreprend d’instrumentaliser ce lien de parenté. Pour pénétrer le saint des saints du business du tabac, il trouve un allié de poids au sein même de la présidence de la République : un conseiller de premier plan, alors chargé de la direction hautement stratégique des titres et des décorations au palais d’El Mouradia.

Ce conseiller présidentiel, voyant dans le statut d’Ali Bakari un moyen d’obtenir les faveurs et la protection de la très influente première dame pour propulser sa propre carrière, décide de jouer les entremetteurs. C’est lui qui organise une rencontre officielle et ultra-confidentielle dans les bureaux de la direction générale de la STAEM entre Ali Bakari et le patron de l’entreprise, Zahir Khalef. Pour ce dernier, qui se savait alors dans le collimateur des services de renseignement, l’arrivée du « beau-frère » de la famille présidentielle est vécue comme une bénédiction absolue. Pensant acheter son immunité et s’assurer le soutien indéfectible du clan Tebboune, Zahir Khalef accorde immédiatement à Ali Bakari toutes les autorisations, agréments et facilités d’approvisionnement nécessaires pour faire de lui l’un des plus puissants distributeurs de cigarettes du pays. Un passe-droit royal qui a permis un enrichissement fulgurant, sur fond de trafic d’influence au sommet de l’État.

Le fils de la présidente de la Cour constitutionnelle : l’intouchable protégé

 

L’autre révélation fracassante de ce dossier concerne l’immunité de fait dont a bénéficié un autre héritier du régime : Khaled Aslaoui. Ce dernier n’est autre que le fils de Leila Aslaoui, la présidente de la Cour constitutionnelle, l’institution suprême chargée de veiller au respect des lois de la République.

Profitant du poids institutionnel de sa mère, Khaled Aslaoui occupait le poste stratégique d’assistant du directeur général chargé du développement commercial au sein de la STAEM. En clair, c’était lui le bras droit opérationnel de Zahir Khalef. C’était son bureau qui validait la sélection des grossistes, gérait l’acheminement des cargaisons, fixait les volumes et supervisait la facturation de ce commerce de milliards. Selon les éléments du dossier, Khaled Aslaoui était en contact direct avec l’ensemble des distributeurs privilégiés et se trouvait au cœur du système des indus avantages.

Pourtant, lorsque le couperet judiciaire est tombé sur la STAEM, provoquant l’arrestation immédiate et l’incarcération d’une douzaine de cadres supérieurs et de dirigeants de l’entreprise à la prison de Coléa, le nom de Khaled Aslaoui a été miraculeusement préservé de la procédure de détention. Un traitement d’exception qui suscite une immense indignation au sein des services de sécurité et démontre le fonctionnement à deux vitesses d’une justice prompte à sévir contre les subalternes mais paralysée lorsqu’il s’agit d’inquiéter les fils et filles des figures clignotantes du régime.

La guerre souterraine des services secrets et la chute des parrains

Cigarette Mafia and Nacer El Djen Affair: Leila Aslaoui's ...

Pour comprendre la synchronisation de ce scandale, il faut lever le voile sur la guerre impitoyable que se livrent les différentes branches des services de sécurité algériens. Le dossier de la STAEM a en réalité été utilisé comme une arme d’extermination politique lors du limogeage et de la chute spectaculaire du général-major Smaïl Adjoun, dit “Nacer”, l’ancien patron de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure).

De 2022 à 2025, c’est le général Nacer qui tenait d’une main de fer le dossier du tabac en Algérie, d’abord depuis la caserne Antar puis à la tête des services secrets intérieurs. À l’origine, la présidence de la République avait ordonné à la DGSI ainsi qu’à l’Office de lutte contre le crime organisé de la DGSN de mener des enquêtes approfondies sur la STAEM dans le but d’éjecter les investisseurs émiratis et de nationaliser ou de redistribuer les parts de cette entreprise hyper-rentable. Mais en s’introduisant dans les secrets de la société, le général Nacer s’est transformé en protecteur en chef de Zahir Khalef, transformant la mission de contrôle en un outil de chantage et de captation de richesses.

Lorsque le général Nacer a été brutalement démis de ses fonctions à la fin du mois de mai 2025, puis poursuivi devant le tribunal militaire de Blida en juillet avant son évasion rocambolesque à la mi-septembre 2025, le parapluie protecteur de la STAEM s’est envolé. Sentant le vent tourner, Zahir Khalef a tenté une manœuvre de la dernière chance en déposant une plainte officielle contre son ancien protecteur, affirmant avoir été victime de racket et de chantage de la part du patron de la DGSI. Une tentative désespérée de se faire passer pour une victime qui n’a pas empêché son arrestation au mois d’octobre 2025, lorsque l’enquête de la DGSN a mis au jour les ramifications reliant la mafia des cigarettes au conseiller présidentiel et à la famille de la première dame.

Un blackout total pour sauver les apparences

 

Depuis les révélations de ces interconnexions compromettantes, un ordre de censure absolue a été décrété à Alger. Aucun média national, qu’il soit public ou privé, n’est autorisé à prononcer les noms d’Ali Bakari, de Khaled Aslaoui ou du conseiller présidentiel dans le cadre de l’affaire STAEM. Les autorités judiciaires tentent par tous les moyens de vider le dossier de sa substance politique pour le réduire à un simple délit commercial de droit commun, dans l’espoir d’éviter une déflagration populaire à l’approche des prochaines échéances politiques.

Mais le ver est dans la pomme. Ce scandale de la mafia des cigarettes met à nu la réalité d’un système où les ressources de la nation sont privatisées au profit d’un clan, où les institutions de contrôle sont instrumentalisées pour des guerres de palais et où l’impunité est garantie par les liens du sang ou de l’alliance. Malgré le verrouillage sécuritaire et le blackout médiatique imposé par Alger, les détails de cette affaire continuent de fuiter, apportant la preuve irréfutable que le fléau de la corruption continue de ronger les plus hauts sommets de l’État algérien.

 

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