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L’ENGRENAGE D’UNE GUERRE MONDIAL SELON PIERRE HASKI

ENGRENAGE MONDIAL ? Pierre Haski alerte : « Nous sommes peut-être au bord d’une guerre globale »

 

Depuis plusieurs semaines, le monde observe avec inquiétude l’intensification des conflits au Moyen-Orient et ailleurs. La situation iranienne, notamment, a plongé la région dans un état de tension sans précédent. Mais pour Pierre Haski, figure éminente du journalisme et analyste géopolitique, ce n’est plus seulement une crise régionale : nous serions entrés dans ce qu’il qualifie de véritable « engrenage d’une guerre mondiale ».

Dans un entretien captivant, Haski a décrypté cette mécanique infernale. Loin des plateaux télévisés où la panique et le sensationnalisme dominent, il pose un regard clinique sur un monde où les conflits ne sont plus isolés mais interconnectés, liés par des fils invisibles mais extrêmement solides. Pour comprendre ses alertes, il faut décortiquer les multiples dimensions de cette escalade et ses implications pour l’avenir immédiat de la planète.

La fin des guerres locales : un monde désormais interconnecté

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Pendant des décennies, les conflits étaient souvent perçus comme régionaux ou périphériques. L’Ukraine, par exemple, semblait initialement être un simple affrontement territorial entre Moscou et Kiev. Aujourd’hui, ce conflit est devenu un laboratoire global : la Russie, l’Ukraine, et leurs alliés respectifs sont désormais liés à des acteurs extérieurs majeurs. La Corée du Nord envoie des obus et déploie des forces spéciales, l’Iran fournit des technologies de drone de rupture, tandis que la Chine soutient industriellement et technologiquement Moscou.

Cette interdépendance des conflits illustre le premier aspect de l’« engrenage » : chaque théâtre d’opérations est connecté à d’autres, et toute action locale peut provoquer des répercussions internationales imprévisibles. La limite de l’intervention militaire directe – par exemple la présence restreinte de troupes américaines au Moyen-Orient comparée à l’invasion de l’Irak en 2003 – ne garantit plus la maîtrise des conséquences. L’engrenage est enclenché dès qu’une puissance se risque sur le terrain.

Les imprévisibilités politiques : Trump, Netanyahu et l’équation du chaos

 

Pierre Haski souligne l’extrême complexité des décisions politiques dans ce contexte. Donald Trump, ancien président américain, agit selon des critères propres : le marché, le pétrole, l’opinion publique et les échéances électorales. Sa stratégie repose sur une combinaison de force militaire, pression économique et technologies avancées. Mais l’impasse en Iran met à l’épreuve cette vision hégémonique et illustre à quel point les décisions unilatérales peuvent déstabiliser l’équilibre mondial.

De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dispose d’une latitude considérable dans ses actions militaires au Liban et contre les acteurs régionaux. Même si les États-Unis tentent de canaliser ses initiatives, la dynamique locale et les ambitions politiques rendent l’issue incertaine. La combinaison d’acteurs imprévisibles et d’enjeux stratégiques rend l’escalade quasi inévitable.

La liberté des journalistes, un indicateur de fragilité

 

Au-delà des affrontements militaires, Haski attire l’attention sur les violations des principes fondamentaux du journalisme. La mort d’un journaliste à Gaza, armé seulement de sa caméra, illustre la précarité de l’information dans les zones de conflit. Deux ans après le conflit initial, les journalistes continuent d’être ciblés, malgré les brassards et gilets de presse. La guerre de l’information est devenue un outil stratégique : désinformer, déstabiliser et manipuler l’opinion publique est désormais partie intégrante des conflits.

Cette dégradation de la liberté et de la sécurité des journalistes n’est pas un détail : elle reflète l’affaiblissement des normes internationales et la montée d’un environnement où la communication diplomatique est remplacée par la propagande et la guerre hybride.

L’héritage des ruptures historiques

 

Pour Haski, les événements actuels rappellent les grandes ruptures de l’histoire : l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en 1914, qui déclencha la Première Guerre mondiale, ou les basculements liés aux conflits mondiaux du XXᵉ siècle. Chaque génération a été confrontée à des systèmes en crise, à des institutions multilatérales qui peinent à contenir les ambitions hégémoniques et les conflits régionaux.

Aujourd’hui, le rôle des Nations-Unies est marginalisé, le droit international est fréquemment ignoré, et des puissances comme la Chine ou la Russie piétinent les normes établies. Les États-Unis eux-mêmes, sous certaines administrations, ont choisi de renverser la table plutôt que de préserver l’ordre existant, utilisant la force militaire, la pression économique et la technologie pour atteindre leurs objectifs.

Une montée des autocraties et des théocraties

 

Pierre Haski souligne également la détérioration globale de la démocratie. Selon lui, 72 % de la population mondiale vit aujourd’hui dans des régimes autocratiques, contre 51 % il y a quelques années. La montée des théocraties, du militarisme et de l’autoritarisme transforme l’équilibre mondial. Les démocraties, déjà affaiblies par les inégalités, la polarisation des opinions et la désinformation, peinent à faire face aux tensions internationales.

En Europe, l’illibéralisme gagne du terrain, avec des leaders comme Viktor Orbán qui testent la résilience des systèmes démocratiques et redéfinissent le pouvoir national face aux pressions internationales. Cette mutation politique internationale accentue encore le risque d’un engrenage incontrôlé.

La guerre hybride : canons, drones et désinformation

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Les conflits actuels ne se limitent pas aux affrontements militaires classiques. La guerre hybride combine frappes conventionnelles, cyberattaques, sabotage d’infrastructures stratégiques et campagnes massives de désinformation. Chaque acteur considère ses propres actions comme légitimes et celles de l’adversaire comme provocatrices. Cette perception mutuelle de menace favorise une escalade où chaque mouvement déclenche le suivant, sans retour en arrière possible.

La simultanéité des conflits – Proche-Orient, Ukraine, mer de Chine méridionale – illustre cette dynamique. Chaque ouverture dans un théâtre est exploitée par un autre, créant un réseau d’interdépendances où la moindre erreur peut provoquer un effet domino mondial.

L’échec de la neutralité et de l’indifférence

 

Selon Haski, le confort de la neutralité est désormais illusoire. Les nations et les individus ne peuvent plus se tenir à l’écart. L’histoire reprend sa marche forcée : chaque action, ou inaction, a un coût potentiel. Les ressources militaires et diplomatiques sont détournées de l’Europe de l’Est vers le Moyen-Orient, tandis que l’attention globale est saturée. L’aveuglement face à cette réalité pourrait se traduire par des conséquences catastrophiques.

Un engagement moral face à l’injustice

 

L’analyse de Haski n’est pas purement stratégique ou théorique. Elle s’ancre dans son expérience journalistique de plus de cinquante ans. De l’apartheid en Afrique du Sud, où il a été témoin du massacre de Soweto, à ses années passées en Chine, il a observé l’émergence de superpuissances et la répression des droits humains. Ces expériences l’ont conduit à adopter un engagement moral, au-delà des affiliations politiques, en faveur de la liberté et de la justice.

Cet engagement éclaire sa lecture actuelle : les populations, souvent démunies face aux crises, se tournent vers des « hommes providentiels » promettant protection et sécurité. Haski met en garde contre ce réflexe historique, qui alimente l’acceptation des autoritarismes et le déclenchement potentiel de conflits à grande échelle.

L’ère des conflits globaux : une nouvelle réalité

 

En synthèse, Haski démontre que nous sommes confrontés à une époque où les guerres régionales ont des implications mondiales. Les interventions limitées, les actions militaires ciblées et les stratégies de dissuasion ne suffisent plus à contenir les tensions. Les équilibres traditionnels sont remis en cause, et chaque acteur cherche à tester ses forces et à redéfinir les rapports de puissance.

La combinaison de l’instabilité régionale, de la montée des autocraties, de la guerre hybride et de l’affaiblissement des institutions multilatérales crée un engrenage dans lequel il devient presque impossible de prévoir les conséquences finales. L’histoire récente, de la Première à la Seconde Guerre mondiale, rappelle que les ruptures d’époque peuvent émerger rapidement, avec un coût humain et économique immense.

Conclusion : l’histoire reprend sa marche forcée

 

Dire que le monde est dans un engrenage d’une guerre mondiale ne signifie pas que des bombes nucléaires tomberont demain sur nos villes. Mais cela traduit une réalité : les structures de paix mondiales sont fragiles, les blocs économiques et militaires se fragmentent, et les fenêtres d’opportunité pour éviter l’escalade se réduisent rapidement.

Pierre Haski appelle à la vigilance et à la lucidité. Chaque conflit, chaque mouvement stratégique doit être compris non seulement pour ses implications locales, mais pour son potentiel à déclencher des réactions en chaîne globales. Le confort de l’indifférence n’existe plus. L’histoire est en marche, et le coût de l’aveuglement pourrait se révéler exorbitant.

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